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Quand revient septembre... GUIDE SUR LA GESTION DE CLASSE PARTICIPATIVE


Jacqueline Caron - éditions de la Chenelière - 1994

Introduction

Au cours de mes dix premières années d'enseignement, je me suis souvent trouvée confrontée à des réalités qui provoquaient en moi de la déception, de la culpabilité et surtout de la réflexion. Mes élèves n'avaient pas suffisamment le sens de l'effort, ils manquaient d'autonommie, ils m'obligeaient à jouer le rôle d'une agente de police, ils ne travaillaient pas suffisamment à la maison... Je m'arrêtais et je m'interrogeais. Pourquoi, alors que j'étis une praticienne bien formée et très engagée dans l'enseignement primaire, certains faits échappaient-ils à mon contrôle et à ma compréhension ?

Au fil du temps, les "pourquoi" se sont faits plus précis :

- Pourquoi les enfants perdent-ils du temps en classe ? Ce que je leur propose n'est-il pas intéressant ? Il me semble que je m'éfforce pourtant de multiplier et de varier les activités, que le travail ne manque pas...

- Pourquoi les enfants oublient-ils si vite et si facilement les connaissances acquises ? Je passe pourtant des heures à expliquer, à manipuler avec eux, à donner des exemples, à proposer des modèles, des techniques. Mon enthousiasme n'est-il donc pas contagieux ?

- Pourquoi certains enfants sont-ils si peu motivés à ce que je propose ? Quand je leur annonce qu'ils vont apprendre quelque chose de nouveau, ils paraissent pourtant emballés. Ils cheminent un bout de temps avec moi, et brusquement, je me rends compte que plus rien ne va, je les ai perdus...

- Pourquoi certains enfants n'arrivent-ils jamais à saisir une notion, même si je la répète souvent et même s'ils font les exercices appropriés ? Ils devraient pourtant finir par comprendre, je n'aborde jamais qu'une difficulté à nla fois, je me soucie de la progression des étapes...

- Pourquoi, alors que je pense les aider en reprenant les explications, ces répétitions engendrent-elles plutôt la démotivation et l'indiscipline ? Les enfants devrianet pourtant s'empresser de saisir leur dernière chance de comprendre, alors que le groupe-classe va passer à une autre notion ...

Modèle du début de ma carrière

Je voyais ma collection de "pourquoi" s'enrichir avec un certain désarroi, jusqu'au jour où un ouragan est venu bouleverser mon paysage intérieur. Dans une conférence un peu provocatrice pour l'époque, Claude Paquette présentait son concept de pédagogie ouverte. Ce fut pour moi le choc et le début d'un long cheminement qui allait modifier complètement ma façon de concevoir l'apprentissage et l'intervention pédagogique. Vingt ans plus tard, les propos de Philippe Meirieu(1) et de Jacques Tardif(2) sont venus raffiner ma structure et consolider ma conception de l'apprentissage et de l'enseignement.

Les deux modèles présentés (Modèle du début de ma carrière et Modèle que je privilégie) illustrent sommairement mon cheminement pédagogique. Ils montrent les déplacements d'accents qui se sont produits pour que j'en arrive à mettre au coeur de ma pratique et de ma réflexion l'enfant et sa démarche d'apprentissage.

Ces deux modèles montrent bien ce qui s'est passé pour moi quand j'ai accepté de voir l'enfant comme le véritable responsable de son apprentissage. Il m'a fallu remettre en question mon "comment faire?". Il m'a fallu élaborer des démarches et des stratégies organisationnelles pour donner à l'enfant sa véritable place dans son processus de croissance. Ce revirement s'est traduit par la mise en place d'une nouvelle gestion de ma classe où chacun, enseignante et élève, "participe" à l'apprentissage. Au fil des ans, plusieurs facteurs sont venus, de tous côtés, consolider mon option de la "gestion de classe participative".

Modèle actuel que je privilégie

 

 

Sur le terrain d'abord, j'ai vu se modifier la clientèle des élèves. Dans les classes, il semble que les différences soient de plus en plus marquées. Aux côtés d'élèves singulièrement doués se retrouvent des enfants dont les lacunes intellectuelles, physiques et psychologiques entravent le processus de développement. Comment gérer de telles différences, sinon en pratiquant une gestion de classe participative où chacun peut prendre en main son développement selon ses capacités ? De la même manière, comment répondre efficacement aux besoins d'enfants d'âges différents qui se retrouvent dans une classe à double ou à triple niveaux, sinon en faisant d'eux les artisans de leur apprentissage ? A plus ou moins long terme, on verra que la gestion de classe participative peut être un atout pour lutter contre le décrochage scolaire. Nous savons tous qu'il n'y a pas de meilleure manière de motiver un travailleur dans une entreprise que de l'amener à divers niveaux de décisions. L'élève n'échappe pas à cette règle. Si on attend de lui la "qualité totale", expression à l'honneur en ce moment, il faut l'amener à s'engager dans son propre développement.

J'ai également retrouvé dans la philosophie des programmes actuels du ministère de l'Education les fondements de la gestion de clase participative. Manigestement, la pédagogie a pris un nouveau tournant et les théoriciens de l'enseignement s'accordent maintenant pour voir dans l'apprenant autre chose qu'une outre à remplir. Dans tous les programmes, on peut retrouver cette approche centrée sur l'élève. Ce dernier est un être en constant processus de changement, et ce processus ne peut se dérouler à son insu, puisqu'il en est l'artisan. L'adulte peut le soutenir, l'orienter, lui fournir les instruments, mais ne peut apprendre à sa place. C'est pourquoi les nouveaux programmes préconisent une alliance de travail avec l'élève. Dans une alliance, tous les membres sont acteurs, l'élève autant que l'enseignante. Permettre à l'élève d'être acteur, c'est augmenter sa contribution à son apprentissage.

Cette philosophie des programmes a été renforcée par les recherches et les développements de la psychologie. L'apport de la psychologie cognitive à une meilleure connaissance du processus de l'apprentissage et de l'enseignement a suscité un grand intérêt chez les pédagogues. Ce que beaucoup d'entre eux pressentaient intuitivement trouve maintenant des fondements scientifiques. Le milieur scolaire québvécois est dynamisé par de nouvelles approches comme la gestion mentale, l'acutalisation du potentiel intellectuel, al programmatio n neurolinguistique, l'enseignement stratégique, l'apprentissage coopératif. Toutes ces approches visent une amélioration du "comment faire ?". Elles exigent de l'enseignante qu'elle se place elle-même en mouvmeent par rapport à la cible pédagogique qu'elle vise. Elles se fondent sur un même questionnement : comment amener les élèves à utiliser au maximum leur potentiel ? Comment les faire participer le plus possible à leur apprentissage ? Elles interrogent la participation de l'élève dans le quotidien et plus largement, le style de gestion de classe de l'enseignante, car la gestion de classe est un concept intégrateur. Quelle que soit la composante remise en question, elle doit toujours être située dans cet ensemble. C'est dire que si tous les mouvement actuels conduisent à un nouveau "comment faire?", celui-ci ne pourra être que participatif. La participation est le carrefour où ils se rencontrent tous, peu importe de quel horizon ils viennent.

Enfin, il est indéniable que les enfants d'aujourd'hui sont les citoyens de l'an 2000. De quelles connaissances auront-ils besoin pour vivre dans ce monde ? Il est difficile de le prévoir, le monde des sciences et des tecnologies évolue à une telle vitesse qu'il est impossible d'émettre là-dessus autre chose que des opinions très générales. Mais il est possible de savoir dès maintenant que l'élève devra absolument posséder certaines attitudes et habilités : la curiosité intellectuelle, l'ouverture sur le monde, le sens des responsabilités, la rigueur, la créativité, la capacité d'adaptation, l'esprit d'équipe... Tout ce potentiel, l'enfant le porte en germe au moment de son entrée à l'école. Il appartient donc à l'école de l'aider à le développer afin qu'il puisse faire face au monde de l'an 2000. Ces attitudes sont particulièrement sollicitées dans le cadre d'une gestion de classe participative, j'en ai la conviction.


Philippe MEIRIEU, Apprendre...oui, mais comment, 8ème édition, Paris, E.S.F., coll."Pédagogies", 1991 - retour

Jacques TARDIF, Pour un enseignement stratégique. L'apport de la psychologie cognitive, Montréal, Editions Logiques, 1992. - retour

 

Mise à jour le 15 novembre 2003
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